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Overcoming school dropout.

L’année scolaire commence et, avec elle, revient une question qui demeure malheureusement d’une actualité majeure : celle du décrochage scolaire.

Au fil des années, des progrès ont incontestablement été réalisés et de nombreux dispositifs ont été mis en place pour tenter d’endiguer ce phénomène. Pourtant, malgré les efforts engagés, plus de 75 000 jeunes sortent encore chaque année du système scolaire sans diplôme. Derrière ce chiffre se cachent autant de parcours individuels fragilisés et de jeunes qui risquent de se retrouver entraînés dans une spirale dont les conséquences peuvent être particulièrement lourdes : perte de repères, difficultés d’insertion professionnelle, chômage, isolement, désocialisation et, dans les situations les plus difficiles, des conséquences humaines et sociales plus graves encore.

Le décrochage scolaire ne survient pourtant pas brutalement. Il est généralement l’aboutissement d’un processus progressif, qui peut commencer très tôt. Il est aujourd’hui admis que les premiers mécanismes du décrochage peuvent s’enclencher dès l’école primaire et que le point de non-retour est souvent atteint au cours du premier cycle du collège.

Il est donc essentiel de s’intéresser aux premiers signes de cette rupture avec l’école, bien avant que le jeune ne quitte effectivement le système scolaire.

L’échec scolaire, le désintérêt progressif pour les apprentissages et la perte de confiance en soi figurent parmi les principales causes conduisant à l’absentéisme. Lorsqu’un enfant ne comprend plus ce qu’on attend de lui, accumule les difficultés ou a le sentiment de ne plus être capable de réussir, le risque est grand qu’il se détourne progressivement de l’école. L’absence devient alors moins la cause du problème que l’un des symptômes visibles d’une rupture déjà engagée.

Les chiffres concernant les plus jeunes doivent, à ce titre, nous interpeller : 25 % des élèves en primaire reconnaissent avoir déjà séché un cours et 11 % avoir manqué une journée. Ces comportements, qui pourraient paraître relativement anodins lorsqu’ils restent ponctuels, doivent pourtant être pris au sérieux. Ils peuvent constituer les premiers signaux d’un éloignement progressif de l’école et révéler une difficulté plus profonde qu’il est indispensable d’identifier suffisamment tôt.

A priori, l’Éducation nationale dispose de moyens importants pour faire face à cette situation : des enseignants, des équipes éducatives, des dispositifs d’accompagnement, des professionnels spécialisés et une connaissance croissante des mécanismes conduisant au décrochage.

Et pourtant, malgré ces moyens et les politiques successivement mises en œuvre, nous ne parvenons toujours pas à surmonter durablement ce problème.

Il faut donc probablement chercher les causes profondes de cet échec au-delà de la seule question des moyens disponibles. Deux dimensions, complémentaires et étroitement liées, nous semblent devoir être particulièrement interrogées : d’une part, un programme de formation qui n’est pas toujours suffisamment adapté à la diversité des élèves, de leurs capacités, de leurs aspirations et de leurs manières d’apprendre ; d’autre part, un accompagnement familial qui peut parfois être insuffisant ou défaillant.

Tous les enfants n’apprennent pas de la même manière, au même rythme et avec les mêmes motivations. Lorsqu’un élève ne trouve plus de sens dans ce qui lui est enseigné, lorsque ses difficultés s’accumulent sans qu’il puisse les surmonter ou lorsqu’il ne parvient plus à percevoir le lien entre sa scolarité et son avenir, le risque de désengagement augmente considérablement. L’école doit donc être capable, autant que possible, de maintenir l’envie d’apprendre, de valoriser les progrès et les capacités de chacun et, surtout, de permettre à chaque enfant de conserver la conviction qu’il peut réussir.

Mais l’école ne peut pas tout.

La famille joue elle aussi un rôle déterminant dans la relation que l’enfant entretient avec sa scolarité. L’encouragement, l’attention portée au travail scolaire, le dialogue avec l’enfant et avec les enseignants, la valorisation des efforts ou simplement la présence d’un adulte capable d’identifier une difficulté peuvent contribuer à empêcher qu’une situation fragile ne se transforme progressivement en rupture.

Toutes les familles ne disposent cependant pas des mêmes possibilités pour assurer cet accompagnement. Certaines peuvent manquer de temps, de ressources, de connaissances du système scolaire ou se trouver elles-mêmes confrontées à des difficultés sociales, économiques ou personnelles importantes. Il ne s’agit donc pas de désigner des responsables ou de culpabiliser les parents, mais de reconnaître une réalité : lorsqu’un enfant commence à décrocher, l’école et la famille ont besoin de pouvoir agir ensemble, et certaines familles ont elles-mêmes besoin d’être accompagnées pour pouvoir jouer pleinement leur rôle.

C’est précisément pour cette raison qu’il nous semble très clair que l’Éducation nationale, aussi indispensable soit son action, ne pourra pas résoudre seule le problème du décrochage scolaire.

La prévention doit commencer le plus tôt possible, dès l’apparition des premières difficultés. Elle suppose une mobilisation coordonnée de l’ensemble des acteurs qui entourent l’enfant : enseignants, familles, collectivités, associations, professionnels de l’accompagnement, acteurs sociaux et, plus largement, citoyens.

Il ne suffit pas d’intervenir lorsque le jeune a déjà quitté l’école. À ce stade, reconstruire un projet, restaurer la confiance et recréer un lien avec la formation ou l’emploi devient beaucoup plus difficile. L’enjeu essentiel consiste donc à intervenir en amont, lorsque les premiers signes apparaissent : difficultés scolaires répétées, perte de motivation, absentéisme, isolement ou perte de confiance en soi.

C’est là que notre responsabilité collective prend tout son sens.

Face au décrochage scolaire, nous avons tous, à notre niveau, un rôle à jouer. L’école doit évidemment rester au cœur du dispositif, mais elle doit pouvoir compter sur les familles et sur l’ensemble de la société pour l’accompagner.

Parce que derrière chaque situation de décrochage se trouve un jeune qui, à un moment de son parcours, a cessé de croire qu’il pouvait réussir.

Notre responsabilité collective est précisément d’intervenir avant que cette conviction ne s’installe durablement.

Prévenir le décrochage scolaire, c’est donc bien davantage que maintenir un enfant dans une salle de classe. C’est l’aider à retrouver du sens, lui redonner confiance dans ses capacités, lui permettre de se projeter dans l’avenir et lui montrer qu’il existe une place pour lui dans notre société.

L’Éducation nationale ne pourra pas relever seule ce défi.

Nous avons donc tous un rôle à jouer.

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